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Islam et engagement - Page 555

  • La brèche de l’islamophobie n’a pas cessé de grandir

    Six mois après les votations contre les minarets, il peut être utile de nous livrer à une réflexion moins passionnée et plus sereine sur ce sujet.

    D’abord pour dire que la décision d’interdire les minarets en Suisse reste grave, aussi certainement que l’affirmaient déjà les représentants de la plupart des partis politiques, ainsi que les membres de notre gouvernement. Rappelons l’avis du Conseil fédéral et du Parlement : « L’initiative est en contradiction avec de nombreux droits fondamentaux inscrits dans la Constitution fédérale et porte atteinte aux droits de l’homme. » (Confédération suisse, votation du 29 novembre 2009)

    C’est ce que nous pouvions lire à la veille des votations, et le résultat ne change rien à cette appréciation. Où en sommes-nous aujourd’hui ? A-t-on vu les partis qui défendaient vaillamment les musulmans et s’offusquaient de cette forme de discrimination religieuse poursuivre leurs efforts et marquer avec détermination leur volonté de réparer une telle erreur ?

    Que non ! En climat démocratique, le nombre étant la loi, il faut se soumettre à la voix des urnes, même lorsque cette voix se fait l’écho des émotions, des peurs, et non pas l’écho de la raison et de l’équité. 

    Mais il y a pire. Au lieu de mener ce combat tambour battant, la brèche de l’islamophobie a grandi, et ses attraits sont tels que beaucoup se sont laissé séduire. Ce vote, qui a étonné tout le monde, a mis en évidence combien il est juteux pour un parti politique de se servir de la peur de l’islam pour rallier des voix inexistantes en dehors du registre des idées reçues.

    Aussi vrai donc que le péril représenté par les minarets missiles est une pure affabulation, il convient de mettre en perspective d’autres cibles et d’autres dangers à venir. Les femmes en burqa ne menacent-elles pas la République voisine et la Belgique ? Des observateurs attentifs mettent cependant en évidence le fait que le voile intégral islamique sert aujourd’hui à cacher les vrais problèmes que sont la crise financière et le chômage (lire à ce propos Le voile islamique et l’impuissance politique, de Jean-Noël Cuénod, Tribune de Genève, 29 avril 2010).

    La stratégie adoptée par le Président Sarkozy, consistant à reprendre à son compte les thèmes chers à l’extrême droite pour se faire élire ou pour faire diversion, est prise comme modèle. Le vote argovien contre la burqa auquel se sont ralliés les partis de droite le confirme. Les dernières déclarations d'Eveline Widmer-Schlumpf, prétextant l’argument sécuritaire, cachent une même tendance au populisme.

    Certains n’hésitent pas à verser dans la discrimination la plus pure pour séduire leur futur électorat. Ainsi, on apprend que les libéraux-radicaux s’engagent contre l’extrémisme islamique. Pour ce faire, les prédicateurs de toutes les communautés religieuses seront invités à s’exprimer dans l’une des langues nationales. Toutefois, précise Christian Lüscher, il ne sera pas exigé une traduction simultanée de la messe en latin, car bien entendu, c’est l’extrémisme musulman qui est visé !

    Magnifique attention qui nous rappelle qu’un imam n’est pas un prêtre, tout comme un minaret n’est pas un clocher !

    Il est donc grand temps que les partis se ressaisissent et refusent de remettre en cause les droits humains les plus fondamentaux.

    La ségrégation religieuse n’a pas sa place  dans le monde civilisé. Toute dérive doit être dénoncée. Toute volonté de stigmatiser les musulmans doit être condamnée.

     

    Hani Ramadan

    Tribune de Genève

    L’invité

    11 mai 2010

  • L'UE élit "le plus beau minaret d'Europe"

    Une nouvelle qui aura échappé à plus d'un, mais qui mérite le détour d'une réflexion

     La mosquée de Bradford en Grande-Bretagne a remporté face à une cinquantaine de concurrentes le concours "du plus beau minaret d'Europe" décerné aujourd'hui au Parlement européen à Strasbourg.

    La mosquée Madni de Bradford, dont les quatre minarets ont été inaugurés l'an dernier, s'est imposée devant les mosquées de Stockholm, Rome, Grenade (Espagne) et Oslo, a précisé l'initiateur du prix, COJEP International, une ONG issue de l'immigration turque en France, partenaire de l'OSCE et du Conseil de l'Europe.

    Un jury "multiconfessionnel, multiethnique et regroupant des membres de divers horizons" - dont un rabbin, une théologienne protestante suisse, un prêtre de l'Eglise anglicane et des représentants du Conseil de l'Europe - a examiné au total 53 édifices religieux, implantés dans 13 pays du continent.

    Seuls les minarets construits il y a moins de 50 ans ont été retenus: "nous avons refusé tous les minarets +historiques+, comme ceux d'Andalousie, de Bosnie ou celui de Paris, car nous voulions que le concours reste lié à l'islam issu de l'immigration récente", a expliqué un responsable de l'ONG Veysel Filiz.

    Le jury a décidé en fonction de critères esthétiques, mais aussi de "l'adaptation du minaret au tissu urbain existant". L'idée du concours était de montrer que "les minarets ne doivent pas véhiculer des peurs ou des préjugés", a ajouté M. Filiz.
    "Les mosquées doivent sortir des caves, être visibles de loin, car c'est obligatoire pour que l'islam en Europe fonctionne de manière transparente, que les mosquées soient ouvertes à la société. Si l'islam se cache dans les caves, on ne peut pas savoir ce qui se dit dans les prêches", a-t-il encore argumenté.

    L'initiative a été vivement critiquée par des groupes d'extrême droite, notamment sur internet, et a fait l'objet de messages et caricatures injurieux, selon M. Filiz: "Cela montre que notre travail dérange et qu'il va dans le bon sens".

    source :

     

    AFP
    20/04/2010 |

  • Un sermon sur le savoir et les sciences

     Dieu dit dans le Coran : « Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé, qui a créé l’homme d’une adhérence. Lis ! Et ton Seigneur est le plus Noble. Qui a enseigné par la plume, a enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas. » (Coran, 96, 1-5)

    Les musulmans des premières générations ont parfaitement compris que le Coran et la Sunna les encourageaient à l’acquisition du savoir, et ils ont tiré le meilleur bénéfice des sciences, aussi bien religieuses que profanes. Les mosquées furent les premiers hauts lieux d’où le savoir se répandit dans sa diversité, puis les activités s’élargissant dans ce domaine, les musulmans édifièrent des établissements : écoles, universités islamiques, et cela particulièrement en Andalousie. Il est bon de souligner que la Renaissance européenne fut tributaire des œuvres et des découvertes réalisées par les musulmans. On peut donner à titre d’exemple et de manière non exhaustive dans le domaine de la médecine, le livre Al-Qanûn d’Ibn Sînâ, Avicenne ; et le livre de Abû Bakr Muhammad Ibn Zakariyyâ ar-Râzî, Rhazes, auteur notamment de l’encyclopédie médicale du Liber Continens (al-Hâwî). Ces deux ouvrages restèrent les références médicales de base dans les universités européennes jusqu’au XVIe siècle. Le premier fut traduit au XIIe siècle, et le second fut traduit au XIIIe siècle.

    Ibn Al-Haytham composa ses œuvres dans le domaine des sciences naturelles. Jâbir Ibn Hayyân écrivit dans le domaine de la chimie, Al- Bîrûnî dans celui des mathématiques, Al-Khâzin dans celui de la mécanique, Ibn Al-Baytâr composa une œuvre considérable en pharmacopée, Dâwûd Al-Intâkî dans la médecine préventive, Ibn An-Nafîs dans la médecine : il fut le premier savant ayant exposé le mécanisme de la circulation du sang.

    Il est bon de rappeler également qu’à l’époque de l’Omeyyade ‘Abd-Ar-Rahmân III, Cordoue, la capitale de l’Andalousie, était illuminée la nuit et les passants étaient éclairés par ses flambeaux sur une distance de plusieurs kilomètres. Cordoue était habitée par un million d’âmes, alors que la plus grande ville en Europe, à cette époque, ne regroupait pas plus de 25 mille habitants. Elle comprenait 283 000 maisons, 600 mosquées et 50 hôpitaux. . Il s’y trouvait 170 femmes sachant écrire le Coran en caractères coufiques.

    Le savoir demandé, c’est premièrement ce que nous apportent la Révélation coranique et la Sunna du Prophète (000). Le savoir qui relève de la foi : la croyance en Dieu – Exalté soit-Il –, en Ses Anges, Ses Livres, Ses Messagers, la croyance au Jour dernier – et ce qu’il comportera de récompense et de châtiment –, et la croyance en le destin – et en ce qu’il comprend de bien et de mal.

    Le savoir qui relève des œuvres cultuelles : la prière, la zakât : l’aumône légale purificatrice, le jeûne, le pèlerinage, ainsi que d’autres domaines. Le savoir qui relève des actions sociales, al-mu‘âmalât : ce qui relève de la famille, ou de la gestion des biens et de la vente, et ce qui relève de l’exercice du pouvoir, de l’application de la justice et du droit musulman. Les devoirs de la communauté musulmane et la nature de ses relations avec les autres communautés. La connaissance de la morale islamique. Tous ces domaines sont regroupés communément sous l’appellation : sciences religieuses. Ces sciences religieuses, nous n’avons absolument pas besoin de les importer et de les prendre d’autrui : nous les tirons au contraire directement du Livre et de la Sunna.

    Le savoir demandé, c’est deuxièmement les sciences dites profanes : la médecine, l’ingénierie, toutes découvertes en sciences naturelles révélant les secrets de l’univers. Notre devoir est d’en acquérir la meilleure part, et de nous mettre à l’école de ceux qui nous ont devancés. La sagesse est le bien que recherche le croyant : où qu’il la trouve, elle lui revient en priorité.

    La récompense obtenue par celui qui travaille dans un laboratoire est identique à la récompense obtenue par celui qui enseigne la loi islamique. Cela, lorsque l’intention est sincère et lorsque la communauté a besoin de ces connaissances.

    De plus, les savants musulmans sont unanimes à considérer que le savoir exigé est de deux sortes.

    Premièrement, le savoir qui est une obligation individuelle – fard ‘ayn –, qui incombe à tout individu responsable. Nul n’est excusé à ce niveau : le musulman doit connaître ce qui lui est nécessaire pour accomplir ses devoirs religieux, pour voir ses œuvres acceptées par Dieu, et pour se comporter avec droiture au niveau social, selon les enseignements de l’Islam. Entrent dans cette perspective les sciences religieuses comprenant la foi, le culte, les règles sociales et communautaires de jurisprudence relatives aux actions réalisées par le croyant. Les savants ont dit en ce sens : celui qui accomplit une tâche, il lui incombe d’en connaître le fonctionnement et les règles, afin de se préserver de ce qui est illicite.

    Deuxièmement, le savoir qui est une obligation pour l’ensemble de la communauté, sans considérer un individu en particulier, appelé fard kifâya : lorsqu’un ou plusieurs individus répondent à cette obligation, le reste de la communauté s’en trouve exempté. Mais si aucune personne ne remplit ce devoir, c’est alors l’ensemble de la communauté qui est dans l’erreur. Comme par exemple la prière funèbre, ou l’établissement d’une court de justice, ou l’édification des lieux d’instruction et de savoir. Ce savoir peut relever également des sciences profanes, comme les différents types d’artisanats et les connaissances naturelles dont la communauté à besoin. Ibn Hazm est allé même jusqu’à considérer que les habitants d’une ville ou d’un village dans lesquels ne se trouve pas un expert tisserand sont tous pareillement des pécheurs. Cela doit bien entendu être remis dans le contexte de son époque, l’artisanat industriel ayant complètement modifié cette situation.

    Il est utile d’observer que l’Islam a par ailleurs encouragé l’apprentissage de différentes formes d’artisanats. Le Messager de Dieu a dit : «  Dieu aime certes, lorsque l’un d’entre vous entreprend un travail, qu’il le fasse à la perfection. » (Al-Bayhaqî). Et le Messager de Dieu a dit encore : « Dieu aime certes le croyant qui exerce un métier. » Le Prophète a dit aussi : « Le bien le plus noblement acquis est celui que l’homme acquiert (du travail) de sa main. » (Ahmad).

    En résumé, il existe donc deux sortes de savoir : le religieux et le profane. Il existe ensuite deux types d’obligations : celle qui incombe à chacun d’entre nous individuellement, et celle qui incombe à un ou quelques membres de la communauté, de telle sorte que le reste s’en trouve exempté.

    Qu’il se spécialise dans les sciences religieuses, ou les sciences profanes, ou l’apprentissage d’un métier, chaque musulman doit donc prendre conscience de ses responsabilités et s’engager résolument sur le chemin de la connaissance.

    Nous demandons à Dieu qu’Il guide et oriente nos cœurs. Allâhumma âmîn !