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  • Islam: la conviction plutôt que l'imitation

    L’Islam considère que la foi authentique repose sur une certitude et une conviction, et non pas sur l’imitation et la tradition que l’on suit aveuglément. Dieu reproche ainsi aux polythéistes leur manque de discernement qui les conduit à suivre la voie de leurs ancêtres sans aucune remise en question. Le Coran déclare :
    « Et lorsqu’on leur dit : « Suivez ce que Dieu a révélé », ils répondent : « Au contraire, nous suivons la voie sur laquelle nous avons trouvé nos pères. » Quoi ? Quand bien même leurs pères ne comprenaient rien et ne se guidaient point ? » (Coran, 2, 170)
    Ce qui revient à dire que l’ancienneté d’une tradition quelconque n’est absolument pas un critère de vérité. Ce qui signifie que l’Islam, dans son message initial et premier, appelle à une remise en question de tout héritage religieux ou culturel contraire au bon sens et à la dignité de l’être humain. En Occident, la pensée moderne a posé le principe d’une quête de la vérité s’effectuant librement, débarrassée du poids des coutumes et des lois communément admises. Toutes les philosophies nouvelles ont souligné la nécessité de se tenir au libre exercice de la raison, à laquelle rien ne doit être dicté sans intelligence. Le Coran exprimait déjà au VIIe siècle ce principe. La Révélation elle-même amenait l’homme à faire le meilleur usage de ses facultés intellectuelles, pour combattre trois fléaux : le fanatisme aveugle, les superstitions ancestrales et les mythes infondés, auxquels il s’agissait désormais d’opposer une sagesse sereine et universelle, une approche rationnelle et expérimentale de l’univers, et enfin la religion naturelle.
    Tout musulman se doit ainsi de faire preuve d’esprit critique. Et cela est valable aussi bien dans le domaine de la foi que dans celui de la loi et de la jurisprudence islamiques (fiqh). S’il montre le plus grand respect pour les imams et les savants en matière de religion, anciens ou contemporains, il conserve le droit de demander des preuves du bien-fondé des avis juridiques ou de la validité de certaines pratiques religieuses. En tous les cas, l’autorité suprême revient au Coran et à la Sunna, et non pas à telle ou telle école juridique. Chacun est invité ainsi à augmenter ses connaissances et à se rapprocher des sources authentiques de l’Islam. Ce savoir n’est pas réservé à une élite qui aurait le privilège de dominer le reste des hommes. Il n’y a pas de clergé en Islam. Dans le Coran, lorsque Dieu donne un commandement, il fait très souvent précéder son ordre par l’expression : « Ô vous qui avez cru ! », ce qui signifie que la Révélation s’adresse à l’ensemble des croyants qui partagent ainsi la responsabilité de la mise en exécution de l’ordre divin. Il est à remarquer que Dieu ne dit pas : « Ô vous les savants ! », ou « Ô vous les dirigeants ! », mais bien « Ô vous qui avez cru ! ». C’est par ce savoir seul que l’individu est susceptible de se libérer des chaînes de l’imitation et du conformisme (at-taqlîd). Cependant, il est bon de rappeler que le travail des écoles juridiques (al-madhâhib) fut et reste considérable. Il fait partie de notre patrimoine, et constitue une source inépuisable de connaissances utiles. En outre, la plupart des musulmans n’ont pas les moyens de dépasser le stade de l’imitation. Il est donc utile, voire nécessaire pour ceux qui sont dans ce cas de suivre un imam compétent, capable de les initier tant qu’ils ne maîtrisent pas les outils leur permettant de se forger leur propre opinion à partir des textes. C’est ce qu’exprime, de façon remarquable et concise, l’imam Hassan Al-Banna en disant : « Tout musulman qui n’a pas atteint le niveau (de connaissance) lui permettant de considérer les fondements des lois dérivées peut suivre un des imams (reconnus) de la religion. Il est bon, tout en le suivant, qu’il s’efforce autant qu’il le peut de connaître les fondements sur lesquels repose l’avis de son imam, et qu’il accepte toute orientation accompagnée de sa preuve, quand il est convaincu de la loyauté et de la compétence de celui qui l’oriente. Tout comme il est bon qu’il complète ses lacunes au niveau de ses connaissances s’il fait partie des chercheurs, jusqu’à ce qu’il atteigne le niveau lui permettant de considérer (directement et sans l’intermédiaire de l’imam) les fondements en question. »
    En résumé, l’Islam préconise le savoir éclairé, qui seul rend l’homme vraiment libre, plutôt que l’imitation aveugle. Réaliste cependant, il tient compte de la différence et de la variété des compétences de chacun.

  • La liberté religieuse en islam

    Nul ne peut être contraint de quitter sa religion pour embrasser l’Islam. Le Coran affirme : « Pas de contrainte en religion. » (2, 256), et encore : «  Et si ton Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre auraient cru. Est-ce à toi de contraindre les gens jusqu’à ce qu’ils deviennent croyants ? » (10, 99)

     

    L’interrogation dans ce dernier verset est là pour signifier qu’il ne peut être question d’utiliser la force pour convertir. Les musulmans ont appliqué cette règle, protégeant les habitants des pays conquis contre le paiement de la jizya.[1] Ils leur ont assuré leur protection lorsqu’ils acceptaient de vivre dans un Etat musulman. Ils respectaient leurs croyances, leurs rites et leurs lieux de cultes. Ainsi, le Calife ‘Umar établit par écrit un pacte avec les Chrétiens de Jérusalem, en déclarant :

     

    « Au nom de Dieu, le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux ! Ceci est la sauvegarde accordée par le serviteur de Dieu, ‘Umar, commandeur des croyants, aux habitants de Ilya[2] : il leur garantit la sauvegarde de leurs vies, de leurs biens, de leurs églises, de leurs croix – quel que soit l’état de celles-ci – et de leur culte en général. Leurs églises ne seront ni occupées, ni détruites et ne subiront aucun dommage ; il en sera de même pour leurs annexes, leurs croix et leurs biens. Aucune violence ne leur sera faite en matière de religion ; et l’on ne fera tort à aucun d’entre eux. »

     

    Alors que l’Islam considère que c’est l’homme qui est le premier responsable du foyer, il n’autorise cependant pas le mari musulman à contraindre sa femme, juive ou chrétienne, à quitter sa religion. Bien plus : selon la loi musulmane, il n’a pas le droit, dans un Etat islamique ou ailleurs, de l’empêcher de pratiquer son culte et ses rites, juifs ou chrétiens. Certains fuqahâ’[3]sont allés jusqu’à affirmer que le mari musulman doit être en mesure de mettre à la disposition de son épouse le moyen de locomotion lui permettant de se rendre à son lieu de culte, synagogue ou église, et même de l’y accompagner au besoin ![4]


    [1] Il est à noter que ce tribut est comparable à la taxe que nous payons dans nos Etats modernes, à partir du moment  où nous nous trouvons, pour une raison ou pour une autre, exemptés de service militaire. Dans un Etat islamique, les moines, les femmes, les vieillards et les enfants n’ont pas à payer cette taxe, ainsi que tout non-musulman qui accepterait de plein gré de joindre l’armée des musulmans.  Sur la jizya, voir en particulier : La Sharî ‘a , le Droit islamique, son envergure et son équité, 3e partie, chap.5, La taxation, pp. 155-174, par le Dr Saïd Ramadan, éd. Al Qalam, Paris 1997.

     

    [2] Ilya : Aelia Capitolina, c’est-à-dire Jérusalem.

     

    [3] fuqahâ’, pluriel de faqîh, désigne ici le savant musulman en matière de jurisprudence et de droit.

     

    [4] Dans ce cas, le musulman ne participe pas au culte, mais laisse son épouse aux portes de sa synagogue ou de son église, où elle pratiquera librement sa religion selon son intime conviction.