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Les leçons des attentats d’Oslo

 Quelles leçons peut-on tirer des deux attentats d’Oslo provoqués par Anders Behring Breivik ?

D’abord, que les références chrétiennes du tueur de Norvège ne nous autorisent en aucun cas à le qualifier de « christianiste ». Tout chrétien authentique serait choqué par l’usage d’une telle expression, surtout si elle était répétée à toutes les sauces pour rendre haïssable une communauté. Cela vous permet de comprendre pourquoi il faut appeler par leur nom ceux qui sèment la terreur, et éviter d’y introduire une terminologie religieuse douteuse visant à stigmatiser à long terme des croyants pratiquants, seraient-ils musulmans.

Ensuite, qu’il est temps que la communauté occidentale se réveille pour comprendre que le véritable ennemi du genre humain n’est pas la civilisation de l’islam, mais bien plutôt cette extrême droite qui se développe partout en Europe et aux Etats-Unis à une vitesse vertigineuse.

Pourquoi beaucoup de politiciens, d’intellectuels et de journalistes ferment-ils les yeux et ne critiquent-ils pas vertement les thèses nauséabondes qui rappellent l’Allemagne des années trente ? Sans doute parce que nos démocraties ont beaucoup de mal à résister à ce qui constitue leur perversion : le populisme fondé sur la manipulation des citoyens, qu’on retrouve aussi bien dans les sphères fortunées du pouvoir et de l’argent, qu’au niveau des masses inquiétées par les crises financières et influencées par la peur. On instaure ainsi un cercle vicieux qui se nourrit de la tyrannie du nombre : politiques et journalistes se plient à la loi de la bête immonde. Ceux qui hier condamnaient sans détour les thèses racistes du rejet de l’étranger, sont aujourd’hui beaucoup plus nuancés pour la simple et mauvaise raison que trente pour cent de la population soutiennent de tels partis. Contrer une tendance en expansion serait une forme de suicide politique, ou d’extinction journalistique.

Il s’agit de conduire à l’excès la pensée  tribale qui place l’identité nationale au-delà des droits humains. Or, la pensée tribale est foncièrement hostile aux valeurs universelles, d’où le paradoxe qui ne devrait pas nous tromper : tous les particularismes se rejoignent dans l’idée d’un partage établi sur des critères nationalistes, voire racistes. Cela explique pourquoi tant de leaders d’extrême droite défendent le projet sioniste, avec lequel ils ont des affinités certaines et qu’ils considèrent comme un rempart contre le multiculturalisme qui favoriserait trop la présence musulmane.

La pensée tribale nous sert de façon constante une rhétorique qui tourne en boucle : il convient de poser des murs pour se protéger de l’envahisseur, liquider le mouton noir. L’islam est le grand ennemi auquel il faut imposer de disparaître de la voie publique.

On nous dit, à la lecture de son manifeste abject, qu’Anders Behring Breivik avait de l’admiration pour la Suisse pour son vote antiminarets. Le pire n’est pas là : en quelques heures, à coups d’explosions et arme à la main, ce fou a synthétisé, pour nous, ce que nous préparent plus minutieusement et plus subtilement, étalé sur quelques décennies, les partisans bornés du nationalisme exclusif. Lorsque par tous les moyens on alimente la haine, il faut en mesurer les conséquences.

 

 

 

Hani Ramadan

Tribune de Genève,

L’invité

4 août 2011

 

 

 

 

 

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