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Le message de ramadan, mois de jeûne

Opinion

Chronique

 

Pour Hani Ramadan, le ramadan bouleverse nos habitudes de confort et nous reconnecte à l’essentiel. Le directeur du Centre islamique de Genève plaide pour redécouvrir une pratique spirituelle partagée par toutes les religions.

Chronique: le message de ramadan, mois de jeûne

Toutes les grandes spiritualités ont en commun qu’elles appellent les humains à dépasser le cadre matériel de leur existence, pour retrouver la profondeur du sens de la vie. Intention largement contredite par les temps actuels, où la surconsommation a tendance à devenir la règle, où les plaisirs superficiels à la chaîne se succèdent pour agrémenter nos jours et nos nuits.

Ramadan

Le mois de ramadan vient bouleverser ces douces habitudes et ce confort continuel. D’abord parce que précisément, il renverse notre quotidien : jeûner le jour et écourter son sommeil la nuit, voilà qui marque une rupture qui engage à une remise en question. On apprécie de cette façon la nourriture qui est un don voulu de Dieu, et non pas seulement une collation fortuite que nous offre « dame Nature ».

On se contraint ensuite à l’effort et l’on acquiert ainsi une vertu essentielle : la patience. Tout le contraire de la fébrilité de qui veut dévorer la vie sans attendre.

La faim rappelle encore que d’autres ont faim, qui n’auront pas l’occasion de rompre leur jeûne le soir venu ; qui en meurent dans l’indifférence d’un monde plus enclin à la fête qu’au partage.

Et surtout, il y a ce lien qui nous rattache à notre Créateur. Jeûner, c’est répondre pour les musulmans à une injonction divine. Pendant ce mois béni, les croyants sont invités à renforcer leur relation avec Dieu.

Le Coran souligne par ailleurs que le jeûne est une pratique universelle : « Ô vous qui avez cru! Le jeûne vous est prescrit comme il a été prescrit à ceux qui vous ont précédé. Peut-être pratiqueriez-vous la piété ! » (Coran, 2, 183) Nous observons ainsi qu’il a été exercé par un grand nombre de peuples, comme l’exprimait bien Marie-Reine Geffroy : « C’est ainsi qu’à l’origine, le jeûne fait partie des rites de toutes les religions. Dans la Bible, nous trouvons le jeûne de quarante jours de Moïse sur la montagne d’Horeb et celui que le Christ passa dans le désert. On sait que les Spartiates, à l’image des Persans, habituaient leurs enfants à des jeûnes de plus en plus longs pour les rendre plus résistants. » (...)

En Égypte, chez les Grecs, dans l’ancien Mexique, chez les Aryens, partout dans l’antiquité, on trouve le jeûne prescrit par la loi religieuse et, dans les premiers temps de l’ère chrétienne, les fidèles s’abstenaient totalement de nourriture pendant 24 heures, chaque semaine, comme les Israélites le pratiquaient déjà dans leurs jeûnes rituels du Pourim et du Yom Kippour. Dans « Les lettres à l’ashram», de Gandhi, nous lisons : « Ma religion m’enseigne que lorsqu’on est très affligé d’une chose à laquelle on ne peut remédier, il faut jeûner et prier. » » *  

On le voit : le message de ce mois fait écho à une pratique universelle oubliée dans le monde dit moderne, qui a plutôt tendance à s’enliser dans la seule recherche des plaisirs. Nos cœurs réclament cependant autre chose, n’est-ce pas ?

Quand le corps s’allège, l’âme s’élève.

 

Hani Ramadan- Directeur du Centre islamique de Genève

Tribune de Genève, Opinion, le  16.02.2026

 

* « Le jeûne, moyen de purification totale », La Vie Claire, par Marie-Reine Geffroy, Paris, 1973.

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