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Islam et engagement - Page 612

  • Dialogue entre un ange et un prophète: connaître l'islam

    Un sage musulman disait que s’il croisait un jour en voyage une personne s’intéressant à l’islam, et s’il ne disposait que de quelques minutes pour lui expliquer sa foi, il n’aurait pas mieux à faire que de citer simplement un hadith célèbre de la tradition islamique.  Le voici :

    ‘Umar a dit : «  Alors que nous étions assis chez le Messager de Dieu un certain jour, voici que vint à nous un homme dont les habits étaient très blancs et dont les cheveux étaient très noirs. On ne voyait sur lui nulle trace de voyage, et nul d’entre nous ne le connaissait. Jusqu’à ce qu’il s’assît près du Prophète, plaçant ses genoux contre les siens, et posant ses deux paumes sur ses cuisses. 

    Il dit : « Ô Muhammad ! Informe-moi sur l’islam (al-islâm). » Le Messager de Dieu répondit :

    «  L’islam, c’est que tu témoignes qu’il n’y a de dieu que Dieu, et que Muhammad est le Messager de Dieu ; que tu accomplisses la prière (salât), que tu verses l’aumône légale (zakât), que tu jeûnes le ramadan, et que tu accomplisses le pèlerinage vers la Maison si tu en as les moyens. » (L’homme) dit : « Tu as dit vrai. » Nous fûmes étonnés de le voir confirmer la réponse alors qu’il l’avait interrogé.

    Il reprit : « Informe-moi donc sur la foi (al-îmân).»

    Le Prophète répondit : «  C’est que tu croies en Dieu, en Ses Anges, en Ses Livres, en Ses Messagers et au Jour dernier, et que tu croies à la prédestination du bien et du mal[1]. »

    (L’homme) dit : «  Tu as dit vrai », et il ajouta : «  Informe-moi sur l’excellence (al-ihsân).[2] »

    Le Prophète répondit : « C’est que tu adores Dieu comme si tu Le voyais. Si tu ne le vois pas, Lui te voit. »

    (L’homme) dit : «  Informe-moi donc sur l’Heure (dernière). »

    Le Prophète répondit : « L’interrogé n’en sait pas plus à ce sujet que celui qui l’interroge. »

    (L’homme) reprit : « Informe-moi sur ses signes précurseurs. »

    Le Prophète répondit : « Ce sera lorsque la servante mettra au monde sa maîtresse (3), lorsque tu verras les va-nu-pieds, les déguenillés et les pauvres, les bergers de moutons se livrer concurrence pour habiter la construction la plus haute. (4) »

    Puis (l’homme) s’en alla. Je restai un long moment, puis le Prophète me dit : «  Ô ‘Umar, sais-tu qui m’a questionné ? » Je répondis : «  Dieu et Son Messager sont plus savants ! »

    Il dit : «  C’est (l’Ange) Gabriel qui est venu à vous pour vous enseigner votre religion. » » (Hadith rapporté par le traditionniste Muslim)



    [1] La prédestination signifie que rien n’échappe à la connaissance et à la volonté de Dieu en ce qui concerne notre passé, notre présent et notre avenir. L’homme demeure cependant responsable de chacun de ses actes.
    [2] Al-ihsân est un mot arabe qui veut dire à la fois  la bienfaisance et le fait d’exceller dans ce que l’on entreprend. Ici, il signifie le plus haut degré de l’accomplissement de la foi.
    [3] Cette parole a été interprétée différemment par les savants musulmans. Certains commentateurs ont considéré que cette expression signifie que les enfants n’auront aucun respect pour leurs pères et mères, les insultant et les frappant. On remarque en tous les cas que ces signes en islam se présentent le plus souvent sous la forme d’une inversion des valeurs ou de l’ordre naturel des choses : ceux qui vivent normalement dans  le dénuement le plus complet se verront attribuer  d’immenses richesses. L’allusion aux gratte-ciel et aux buildings est particulièrement intéressante. D’autres traditions authentiques nous apprennent que le soleil se lèvera à l’ouest, ou que le bien sera considéré comme le mal, et le mal comme le bien. Dans l’ordre traditionnel de l’instruction, ce sont les parents qui jusqu’à présent transmettaient à leurs enfants les valeurs qu’eux-mêmes avaient reçues. Les familles regroupaient plusieurs générations et ainsi était préservé ce savoir. La désagrégation de la cellule familiale a déstabilisé ce schéma. La famille dite nucléaire ne permet plus la transmission du savoir traditionnel. Bien plus, c’est aujourd’hui un rapport inverse qui s’installe dans nos mœurs avec l’accélération des progrès techniques et informatiques : l’enfant rapporte de l’école une instruction et des connaissances que ses parents n’ont jamais reçues. Claudine Attias-Donfut, co-auteur d’une enquête récente sur la famille (Le Nouvel esprit de famille, éd. Odile Jacob 2002), affirme dans une interview : « …l’influence ne s’exerce pas seulement dans le sens des plus âgés vers les plus jeunes, mais aussi des plus jeunes vers les plus âgés. Il y a là un renversement : les plus jeunes ont aujourd’hui tendance à transmettre un certain nombre de valeurs, de connaissances, d’ informations à leurs aînés, à leurs ascendants. »
    [4] Autre traduction possible : « vivre hautainement dans des maisons construites ».
  • Sagesse musulmane: la sincérité et le culte du coeur

    Les actions sont des images dressées. Leurs âmes, c’est la présence du secret de la sincérité en elle

    Cette très belle sagesse de Ibn 'Atâ'i -Llâh nous rappelle que les actes n’ont aucune valeur sans la sincérité. Le Prophète Muhammad a dit en ce sens : “ Les actions ne valent que par les intentions. ” Quiconque agit par ostentation, et non pas en vue de Dieu, son acte n’a aucune vie réelle : il est tel un cadavre, quand bien même il comprend des paroles, des mouvements et des gestes. Ou bien on peut le comparer à un récipient sans eau. Or, l’essentiel n’est pas dans la forme du verre ou de la coupe - bien qu’ils soient nécessaires pour contenir cette eau - mais bien plutôt dans le liquide qui exprime la vie de l’âme, qui vibre et reflète la lumière. Le rituel et l’engagement sont nécessaires en Islam, pour donner forme à notre spiritualité. Cependant, à travers ce rituel même et cet engagement, le culte du cœur doit rester notre finalité suprême.

  • L'EXCELLENCE DE LA CHARIA

    Je réponds aux interventions de Messieurs Jean-François Mabut et Michel Sommer sur la loi divine en Islam.

    Une remarque préliminaire : mes interlocuteurs parlent de “ Allah, ou Dieu dans la Bible ”. Dans les langues sémitiques, dont fait partie l’arabe, comme l’hébreu ou l’araméen, la racine al (ou el) sert à nommer Dieu.

    Dieu est appelé El, ou Elah. Le nom Elohim revient plusieurs fois dans l’Ancien Testament pour désigner le Dieu des Hébreux. C’est la forme plurielle d’Eloah. On la retrouve dans le Coran : Allâhum, qui est l’équivalent de  “ Ô Grand Allâh ! ”

    Le Nouveau Testament lui-même rapporte que Jésus s’adressait à Dieu en disant : “ Eli, Eli ! ” C’est-à-dire : “ Mon Dieu, Mon Dieu ! ”

    Eli, en arabe, se dit : Ilâhî, et signifie pareillement “ mon Dieu ”.

    Rappelons que le mot dieu viens du terme latin deus, qui tire primitivement son origine de la racine deiv, terme lié dans les mythologies à l’idée de “ ciel lumineux ”.

    A l’origine, ni la Tora, ni l’Evangile, ni le Coran n’utilisent le mot latin deus pour désigner le Créateur. Il faut donc prendre conscience du caractère universelle du nom propre Allâh dans la tradition monothéiste abrahamique.

    Venons-en à notre sujet : il ne faut pas confondre la sévérité de la loi divine, et la méchanceté des hommes. Pour les musulmans, comme d’ailleurs pour les juifs, la Révélation est bien la parole de Dieu. Le christianisme évoque plutôt une parole inspirée. Or, de toute la tradition abrahamique, seul le Coran a été conservé dans son intégralité. La Bible comprend des passages authentiques, mais auxquels se mêlent malheureusement des ajouts qui sont le produit de l’homme.

    Les Prophètes ont compris que la Révélation procédait d’un ordre divin supérieur à l’intelligence humaine. C’est pourquoi on imagine mal Moïse, Jésus et Muhammad remettant en cause les prescriptions divines. Ces lois viennent du Créateur suprême : L’Eternel qui a conçu la vie et la mort, le bien-être et la souffrance. L’idée que la Révélation prive l’homme de son autonomie en tant que sujet pensant est largement répandue dans la philosophie moderne : de Feuerbach à Marx en passant par Sartre et les humanistes modernes, on a considéré que la foi aliénait l’homme à un ordre transcendant, le privant de l’usage légitime de ses facultés. Aujourd’hui, on revient fort heureusement de cette conception qui est en réalité extrêmement naïve. L’islam montre que l’intelligence humaine se réalise pleinement lorsqu’elle est orientée par une sagesse supérieure entièrement comprise dans la Révélation authentique. Méditer le Coran, ce n’est pas se condamner à rejeter les arguments de la raison : le Coran nous invite au contraire à utiliser nos facultés rationnelles pour récuser la superstition, les représentations fantaisistes de la divinité, mais aussi pour comprendre le bien fondé des règles qui sont énoncées dans le Livre sacré.

    Prenez par exemple le talion. Le Coran affirme : “ Et vous avez vie dans le talion, ô vous doués d’intelligence. Peut-être atteindriez-vous la piété ! ” (Coran, 2,179) Ce qui signifie – notez l’éloquente concision de l’expression coranique – que le talion a historiquement constitué un réel progrès par rapport aux lois et aux habitudes tribales où l’on n’hésitait pas à décimer l’ensemble des membres d’un clan pour le crime d’un seul individu. L’exigence d’équité du talion (la vie du criminel contre celle de la victime) met ainsi un terme au cycle de la violence. Tout comme la perspective de la peine encourue est dissuasive et permet de préserver la vie des victimes potentielles comme, par conséquent, la vie de ceux qui seraient tentés par le crime. Nous traduisons pour simplifier le terme qisâs par le mot talion. En fait, il conviendrait d’être plus précis : le mot qisâs comprend l’idée de poursuivre le criminel afin qu’il soit puni dans une proportion équivalente à la nature même de son crime. Cependant, la possibilité de pardonner ou de réclamer le prix du sang à la place du talion est mentionnée dans le Coran comme “  un allégement de la part de votre Seigneur et une miséricorde. ” (Coran, 2, 178)

    Or, si l’on s’applique à dépasser le cadre purement émotionnel relatif au débat sur les châtiments divins, par l’usage d’une saine raison, on remarque que cette sévérité relève d’une forme de pédagogie miséricordieuse. Dieu connaît les hommes mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes. Il existe en revanche un prétendu “ humanisme positiviste ” qui n’est en réalité qu’une imposture : la criminalité, le vice et la corruption, le proxénétisme et la prostitution gagnent du terrain dans notre monde dit libre et moderne. Il est tellement facile de confondre liberté et libertinage.

    Mais je dis que les femmes sont les principales victimes de ce système. J’ajoute qu’un Etat authentiquement islamique devrait immédiatement subvenir aux besoins de toutes celles qui sont réduites à la prostitution, et interdire leur asservissement.

    Sans la double perspective de la dissuasion et du pardon, les hommes finissent nécessairement par tomber dans des excès dévastateurs. C’est à ce juste milieu que nous convie aujourd’hui l’islam.

    Et c’est pourquoi nous sommes convaincus de l’excellence de la sharî‘a.