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Islam et engagement - Page 613

  • La mort d'un prof.

    Adieu, Monsieur le Professeur

    Il s’appelait Christophe SALVI.

    Il avait été le prof. de ma fille pendant près de deux années à l’école primaire de Trembley 1.

    Je l’avais rencontré trois ou quatre fois. Toujours j’avais été impressionné par sa chaleureuse attention vis-à-vis des parents, et aussi par la rigueur du programme effectué en classe. La qualité des prestations du Département de l’instruction publique au niveau primaire, dans notre canton, mérite d’ailleurs d’être relevée. Je parle du travail minutieux et passionné des enseignantes et des enseignants, bien entendu.

    Lors de notre dernière rencontre, il m’avait informé qu’il avait été l’élève de mon frère Tariq, lorsque ce dernier, avant de connaître la brillante carrière académique que l’on sait, professait encore au Cycle des Coudriers. Il est des enseignants qui suscitent incontestablement des vocations et qui marquent à tout jamais leurs élèves…

    Comme le monde est petit !

    Et combien la vie y est si courte !

    J’ai appris cette semaine la mort de Christophe SALVI, à l’âge de 33 ans.

    Avant de le quitter, j’avais perçu dans son regard une inquiétude que je ne m’explique qu’aujourd’hui. Il savait probablement alors le mal dont il était atteint, et il devait avoir conscience de sa gravité. Et cependant, il cachait la chose derrière un sourire et une bonté qui ne le quittaient pas. On nous a appris ensuite qu’il serait remplacé.

    Puis est venue la terrible nouvelle.

    A présent, je regrette de ne pas lui avoir parlé de ma foi. De ne pas avoir eu l’occasion de lui rappeler que nous sommes tous des condamnés en sursis, même si pour certains, l’attente est seulement un peu plus longue. Que Dieu existe et que la vie n’aurait pas de sens sans cela ! Je n’en ai pas eu le temps, et j’en suis triste. J’aurais voulu tenir sa main avant qu’il ne s’en aille.

    La mort est là pour nous faire comprendre que tout individu est unique, irremplaçable, et que sa disparition est irrémédiable, du moins ici-bas. Son message est salutaire pour nos cœurs : nous devons agir avant qu’il ne soit trop tard.

    Aimer et témoigner.

    Ecrire à la craie blanche au tableau noir :

    « A Dieu nous appartenons, et à Lui nous revenons. » (Coran, 2, 156)

  • L'émotion est africaine

    Cela s'est passé lors d'un séminaire sur l'islam et les défis contemporains, en Afrique occidentale. En marge du programme, je rencontre un jeune étudiant et nous faisons connaissance. Abd-Allah est le fils aîné d'une famille de neuf enfants. Il me parle surtout de sa mère. Elle s'était particulièrement occupée de lui, car il était de faible constitution, et souvent malade. Le frère de son époux était décédé, laissant une famille également nombreuse, et aussitôt la mère de Abd-Allah avait accepté que son mari prenne la veuve comme seconde femme. Par solidarité, et en partageant le peu qu'ils possédaient.

    Lui était à présent dans la capitale pour poursuivre ses études, mais son coeur était ailleurs. Il me dit : "Lorsque je pense à ma mère, je frémis." Et effectivement, je vois un frémissement passer sur son visage, sa paupière et ses yeux débordant de larmes. Un frémissement qui s'étend aux arbres dans la fraîcheur du matin, et jusqu'au ciel immense.

    Et je me dis en écoutant Abd-Allah : Combien de jeunes gens, à l'abri des besoins les plus élémentaires, dans le monde dit moderne, ont la capacité d'éprouver un tel sentiment ? L'amour pur et incommensurable pour celle qui fut le refuge, la tendresse et la miséricorde?

    Telle est finalement la vraie richesse. Le vrai trésor.

    L'émotion est africaine.

  • Initiative anti-minarets

    Trois raisons de dire non

     

    Le Conseil fédéral a pris la décision de mettre rapidement un terme à la polémique sur l’initiative contre les minarets, annonçant que son message au Parlement serait remis le 15 septembre. Il faut effectivement en finir avec des prises de positions qui sont indignes des valeurs universelles que défend notre pays, et cela pour au moins trois raisons.

    D’abord, les arguments du “ Comité d’Egerkingen ”, à l’origine de cette initiative, sont faibles et grossiers. Sur le site des contestataires, le minaret est présenté comme un symbole de guerre et de conquête. Il exprime “ la volonté d’imposer un pouvoir politico-religieux ”. Les initiateurs mettent en garde le peuple contre l’idée “ d’ériger, au nom d’une prétendue liberté religieuse, des symboles du pouvoir qui rejettent toute tolérance religieuse. ” Or, le minaret est un élément architectural qui fait partie de la culture islamique, sans pour autant relever d’une quelconque obligation religieuse. Vouloir en faire un symbole politique est une démarche intellectuellement malhonnête, qui prend moins en compte la réalité de l’islam, que la volonté de susciter la crainte.

    Ensuite, cette initiative entre en contradiction avec l’esprit de notre Constitution. L’ancien juge fédéral Giusep Nay est allé même jusqu’à appeler le Parlement à ne pas mettre le texte en votation populaire, le considérant comme anticonstitutionnel. Dans le cadre de l’Etat de droit, tous les lieux de cultes devraient être conditionnés par la même réglementation en ce qui concerne leur construction. On ne peut interdire le minaret, si l’on n’interdit pas du même coup le clocher, ou alors, on cautionne ouvertement une forme de discrimination religieuse inadmissible pour qui possède une once de citoyenneté.

    Enfin, cet initiative est mauvaise pour l’image de notre pays. La Suisse doit se donner l’ambition d’être un exemple de coexistence pacifique de toutes les cultures. Comment d’autres interpréteront-ils ce refus des minarets ? Comme une mesure qui vise l’humiliation d’une communauté qui dans sa grande majorité n’est pas assimilable à l’intégrisme. L’Albanais, comme le Turc, comme l’Iranien, comme le Pakistanais, comme le Sénégalais connaissent tous le minaret qui orne les mosquées du monde musulman. Tous seront pareillement choqués. Quelles réactions viendront par ailleurs de l’extérieur et du monde musulman ? Déjà en mai 2007, notre Conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey avait déclaré que cette initiative “ met la sécurité des intérêts suisses, des Suissesses et des Suisses en danger ”, en ajoutant que “ la liberté de pratiquer une religion est garantie en Suisse. ”

     

    Parce qu’il est essentiel de refuser les amalgames qui font d’un édifice de foi une arme de guerre, qui conduisent à une forme évidente de discrimination religieuse, et qui sont susceptibles d’alimenter les tensions dont personne ne veut – sauf ceux qui se déterminent politiquement par la peur et la haine – il faut donc résolument et démocratiquement rejeter cette malheureuse initiative.