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Islam et engagement - Page 617

  • La liberté religieuse en islam

    Nul ne peut être contraint de quitter sa religion pour embrasser l’Islam. Le Coran affirme : « Pas de contrainte en religion. » (2, 256), et encore : «  Et si ton Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre auraient cru. Est-ce à toi de contraindre les gens jusqu’à ce qu’ils deviennent croyants ? » (10, 99)

     

    L’interrogation dans ce dernier verset est là pour signifier qu’il ne peut être question d’utiliser la force pour convertir. Les musulmans ont appliqué cette règle, protégeant les habitants des pays conquis contre le paiement de la jizya.[1] Ils leur ont assuré leur protection lorsqu’ils acceptaient de vivre dans un Etat musulman. Ils respectaient leurs croyances, leurs rites et leurs lieux de cultes. Ainsi, le Calife ‘Umar établit par écrit un pacte avec les Chrétiens de Jérusalem, en déclarant :

     

    « Au nom de Dieu, le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux ! Ceci est la sauvegarde accordée par le serviteur de Dieu, ‘Umar, commandeur des croyants, aux habitants de Ilya[2] : il leur garantit la sauvegarde de leurs vies, de leurs biens, de leurs églises, de leurs croix – quel que soit l’état de celles-ci – et de leur culte en général. Leurs églises ne seront ni occupées, ni détruites et ne subiront aucun dommage ; il en sera de même pour leurs annexes, leurs croix et leurs biens. Aucune violence ne leur sera faite en matière de religion ; et l’on ne fera tort à aucun d’entre eux. »

     

    Alors que l’Islam considère que c’est l’homme qui est le premier responsable du foyer, il n’autorise cependant pas le mari musulman à contraindre sa femme, juive ou chrétienne, à quitter sa religion. Bien plus : selon la loi musulmane, il n’a pas le droit, dans un Etat islamique ou ailleurs, de l’empêcher de pratiquer son culte et ses rites, juifs ou chrétiens. Certains fuqahâ’[3]sont allés jusqu’à affirmer que le mari musulman doit être en mesure de mettre à la disposition de son épouse le moyen de locomotion lui permettant de se rendre à son lieu de culte, synagogue ou église, et même de l’y accompagner au besoin ![4]


    [1] Il est à noter que ce tribut est comparable à la taxe que nous payons dans nos Etats modernes, à partir du moment  où nous nous trouvons, pour une raison ou pour une autre, exemptés de service militaire. Dans un Etat islamique, les moines, les femmes, les vieillards et les enfants n’ont pas à payer cette taxe, ainsi que tout non-musulman qui accepterait de plein gré de joindre l’armée des musulmans.  Sur la jizya, voir en particulier : La Sharî ‘a , le Droit islamique, son envergure et son équité, 3e partie, chap.5, La taxation, pp. 155-174, par le Dr Saïd Ramadan, éd. Al Qalam, Paris 1997.

     

    [2] Ilya : Aelia Capitolina, c’est-à-dire Jérusalem.

     

    [3] fuqahâ’, pluriel de faqîh, désigne ici le savant musulman en matière de jurisprudence et de droit.

     

    [4] Dans ce cas, le musulman ne participe pas au culte, mais laisse son épouse aux portes de sa synagogue ou de son église, où elle pratiquera librement sa religion selon son intime conviction.

     

  • Islam:Pour un dialogue interreligieux ouvert

     On peut avoir une conviction, et cependant donner toute sa place à celui qui ne pense pas comme nous. L’Islam assure une liberté complète dans le dialogue interreligieux, qu’il encourage et soutient. L’Islam demande aux musulmans de faire preuve de sens critique et de rationalité dans ce dialogue. Ils doivent développer des thèses convaincantes et opposer l’argument à l’argument, la preuve à la preuve. Le Coran affirme ainsi :

     

    « Par la sagesse et la bonne exhortation appelle (les hommes) à (suivre) la voie de ton Seigneur, et discute avec eux de la meilleure façon. » (Coran, 16, 125)

     

    Le Coran dit encore en s’adressant aux croyants :

     

    « Et ne discutez avec les gens du Livre[1] que de la meilleure façon. » (Coran, 29, 46)

     

    Interpellant les tenants des autres religions, le Coran les invite à renforcer leur argumentation :

     

    «  Dis : « Donnez votre preuve, si vous êtes véridiques ! » » (Coran, 2, 111)

     

    Et encore :

     

    « Dis : « Avez-vous quelque science à nous produire ? » » (Coran, 6, 148)

     

    Toujours ouvert au débat constructif, le Coran développe de cette façon une véritable pédagogie du dialogue, ou les hommes sont amenés à faire le meilleur usage de leurs facultés intellectuelles. Il ne s’agit jamais d’imposer de façon dogmatique un argument d’autorité et de maintenir son interlocuteur dans l’ignorance, mais bien plutôt de libérer la conscience humaine par un raisonnement individuel et volontaire. Cependant, le Coran va plus loin encore : il engage ainsi les non-musulmans au dialogue en leur laissant supposer qu’il n’affirme pas de façon absolue détenir la vérité, alors que ces derniers seraient nécessairement dans l’erreur :

     

    « Dis : « Qui vous nourrit du ciel et de la terre ? » Dis : « (C’est) Dieu. Et c’est nous ou bien vous qui sommes sur une bonne voie, ou dans un égarement manifeste. » » (Coran, 34,24)

     

    En d’autres termes, ces versets devraient faire réfléchir les musulmans qui assènent leurs vérités de manière péremptoire, et dont tout le discours consiste à dire : «  Nous sommes dans la vérité et vous êtes dans l’erreur. Point. » Une lecture attentive du Coran montre beaucoup plus de nuances. La Révélation appelle à la réflexion et au dialogue en laissant le soin aux individus – et en toute liberté – de se forger une opinion sur une question ou sur une autre. Continuellement, le Coran s’adresse à l’être humain pour réveiller sa conscience et son esprit critique.

     



    [1] « Les gens du Livre », c’est-à-dire les juifs et les chrétiens.

     

  • L'humanisme de l'Islam: un chrétien s'exprime

    Dans un excellent ouvrage intitulé L’humanisme de l’Islam, Marcel Boisard a relevé certaines prescriptions telles qu’elles ressortent du droit musulman en temps de guerre :

     

    “ Orientés dans une perspective de force et de miséricorde à la fois, dit cet auteur chrétien, les principes fondamentaux du système légal musulman applicable aux conflits armés, interétatiques et internes aussi bien, peuvent se résumer ainsi :

    1. Interdiction des excès, de la perfidie et de l'injustice, dans tous les domaines.
    2.  

    3. Prohibition d'infliger à l'ennemi des maux superflus : massacre, cruauté, punitions vicieuses.
    4.  

    5. Proscription des destructions inutiles, particulièrement la dévastation des cultures.
    6.  

    7. Condamnation des armes empoisonnées, ou de destructions massives et indiscriminées.
    8.  

    9. Distinction entre combattants - qui dans les troupes musulmanes portent un signe distinctif - et civils ne participant pas directement aux hostilités.
    10.  

    11. Respect de ceux qui se sont retirés de la mêlée : blessés, soldats bénéficiant d'un quartier élargi -la sauvegarde- et prisonniers de guerre.
    12.  

    13. Traitement humain des captifs, qui seront échangés ou libérés unilatéralement lorsque la guerre aura pris fin, à la condition qu'il ne reste aucun prisonnier musulman en mains ennemies.
    14.  

    15. Protection des populations civiles : égards envers leurs religions - donc leur culture - et les ministres de celles-ci, illégalité du meurtre des otages et du viol des femmes.
    16.  

    17. Affirmation de la responsabilité individuelle : suppression de toute punition à l'encontre de personnes pour des crimes qu'elles n'auraient pas commis elles-mêmes.
    18.  

    19. Illégalité de la réciprocité dans le mal et des représailles qui contreviendraient aux principes humanitaires essentiels.
    20.  

    21. Collaboration avec l'ennemi dans les oeuvres humanitaires.
    22.  

    23. Prévention formelle de tout acte contraire aux stipulations des traités conclus par les musulmans.
    24.  

    Parce qu'ils considèrent que la Loi est d'essence divine, les juristes musulmans s'attachent à un certain nombre de normes idéalisées et se refusent de codifier des pratiques qui pourraient avoir cours. Proclamant, dans la conduite des hostilités armées, des règles universelles, l'Islam, qui peut par ailleurs, revendiquer l'honneur de n'avoir jamais connu le génocide systématique ou les camps de concentration, possède, à l'heure actuelle encore, une modération et une sagesse dont il saurait faire profiter l'humanité. Au nom de la justice et de la raison, tout excès est banni. La guerre n'est pas une vengeance, mais un effort pour repousser l'iniquité et l'oppression. Cette conception impose donc des restrictions très précises dans la conduite des opérations militaires. Elle procède d'une conception supérieure de l'homme en tant que tel et du respect qui lui est dû comme créature de Dieu. Le droit international islamique s'appuie sur de solides principes moraux qui veulent transcender la réalité humaine quotidienne. Le prophète Mohammed l'a explicitement déclaré : “C'est pour parfaire les caractères et les ennoblir que le Très-Haut m'a envoyé.”

    Marcel Boisard n’a écrit ces propos qu’après s’être livré à une étude approfondie et objective. Chacun des principes qu’il avance trouve sa source dans les références authentiques de l’Islam. Ce qui nous amène à rappeler qu’il ne peut y avoir de dialogue authentique sur la base de préjugés ou de vues superficielles. Celui qui cherche trouvera. Celui qui veut comprendre comprendra !