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Islam et engagement - Page 614

  • Réponses sur la lapidation

    Lettre ouverte à John Goetelen

    Je prends la peine de vous répondre, Cher Monsieur, en vous priant d’excuser un retard dû à un début de ramadan comme toujours très chargé.

    Vous avez choisi de m’infliger la « question laïque » en me sommant de rejeter la lapidation, ou d’abjurer ma foi ! Laissez-moi vous dire que votre entrée en matière dénote une maladresse qui est très comparable à celle que vous avez commise, lorsque, témoin scandalisé du martyre de Doua - cette jeune femme massacrée à coups de pierres en Iraq par un groupe d’hommes lâches - vous avez mis cela sur le compte de l’islam, avant de vous apercevoir que cette femme subissait la vengeance de sa tribu non musulmane, qui précisément lui reprochait d’être tombée amoureuse d’un musulman ! Soit dit en passant, dans un Etat islamique appliquant la sharî‘a, les individus qui se sont comportés ainsi avec cette malheureuse victime, de même que ceux qui assistaient à la scène en la filmant sur leurs portables,  seraient immédiatement traduits en justice et passibles de la peine capitale.

    En tant que croyant musulman convaincu, je n’ai pas à me prononcer sur la validité de la loi divine. Essayez de comprendre une chose : je ne peux être contre le jour ou la nuit, contre le soleil ou la lune, contre la mort ou la vie, contre la santé ou la maladie. Il existe une réalité physique, qui est l’expression de la volonté divine, tout comme il existe une loi morale et divine, qui ne dépend pas de moi. La lapidation de l’homme comme de la femme adultères, la peine de mort, le fait de couper la main du voleur sont inscrits dans les sources de la législation islamique, le Coran et/ou la Sunna (paroles, actions et approbations du Prophète Muhammad). Mais les conditions de leur application sont tellement restrictives, que ces peines pénales relèvent surtout de la dissuasion. Elles sont pratiquement irréalisables.

    La Bible relate que le fils d’une femme israélite avait blasphémé le Nom de Dieu. « Alors le Seigneur adressa la parole à Moïse : « Fais sortir du camp celui qui a insulté (…) et que toute la communauté le lapide. Et tu parleras ainsi au fils d’Israël : Si un homme insulte son Dieu, il doit porter le poids de son péché ; ainsi celui qui blasphème le Nom du Seigneur sera mis à mort. » (Lévitique, 24, 13-16)

    A mon tour de vous poser quelques questions : Seriez-vous prêt à déclarer publiquement que les juifs qui appliquaient de telles lois étaient des barbares sanguinaires ? Que les rabbins qui soutiennent que la Tora est bien une révélation dictée et un guide pour l’humanité sont des fanatiques enkippatés ? Pensez-vous que certains chroniqueurs suisses du Matin dimanche, ou quelques intellectuels parisiens en chemise blanche assis confortablement sur leurs certitudes laïcisantes, auraient le courage de faire étalage de leur esprit critique à cet endroit ? Que le cortège vociférant d’une poignée de féministes enragées se livrerait à un même combat ? Que nos élus genevois, qui ont prêté serment sur la Bible, montreraient une claire réprobation ?

    Ou bien décidément  vous est-il plus facile de vous en prendre au musulman que je suis ?

    Je parle de la Bible. Je parle des juifs et de la loi révélée à Moïse.

    J’ajoute que le Coran qualifie Moïse de « noble Messager » (Coran, 44, 17).

    J’attends donc que vous vous exprimiez ouvertement et sans détour sur ce point, ou alors, je vous invite à vous taire : Ces israélites étaient-ils des barbares sanguinaires ?

    Comme vous, j’ai été horrifié et scandalisé par les images qui montraient Doua le corps en partie dénudé, agonisante, livrée à la violence de ces hommes qui lui infligeaient à tour de rôle un supplice intolérable. Mais il ne faut pas confondre le crime et la perspective du châtiment dissuasif. Il faut se rappeler que l’islam est une religion qui comprend également, comme dans le christianisme, la dimension du pardon.

    En clair, ma foi me dicte d’être convaincu que la loi de Dieu est supérieure à celle des hommes, et que l’humanité gagnerait à l’appliquer avec toutes ses composantes, qui établissent un équilibre salutaire entre la justice et la miséricorde, la dissuasion et le pardon. Je ne puis qu’en témoigner. Je ne m’en fais pas le défenseur. Et j’ajoute que cela ne signifie nullement que je remette en cause l’obligation qui est la mienne de respecter les lois de mon pays, précisément parce  qu’elles garantissent ma liberté de conscience et de foi.

  • Minarets: Quelle réciprocité?

    L’un des arguments qui sont parfois avancés par ceux qui soutiennent l’initiative anti-minarets est celui de la réciprocité : pourquoi autoriser les minarets alors que dans le monde musulman, certaines minorités chrétiennes ne disposent d’aucune liberté religieuse ?

     

    Cette logique est fausse et pernicieuse à plus d’une titre : ce n’est pas parce qu’ailleurs on se montre intolérant, qu’il faut nous comporter en Suisse avec intolérance. Ce n’est pas parce que dans certaines régions du monde le cannibalisme existe, qu’il faudrait, si un cannibale nous rendait visite à Genève, le manger tout cru ! Nous avons des valeurs à défendre dans notre pays, défendons-les sans adopter les attitudes barbares d’un autre âge.

     

    Mais il y a plus. Pour qui connaît le monde musulman, il est avéré que l’islam a admis dans son cadre les synagogues et les églises. Au Caire par exemple, on trouve plusieurs immenses bâtiments religieux chrétiens qui se succèdent quartiers après quartiers. Et il ne viendrait à l’idée de personne, bien que la communauté copte soit très minoritaire, de raser ou d’interdire les clochers.

     

    Certes, on ne construit pas d’églises dans les lieux saints de l’islam, à La Mecque et à Médine. Mais viendrait-il à l’esprit d’un musulman d’entreprendre l’édification d’une mosquée au cœur du Vatican? Cette malheureuse initiative est une honte. Aucun argument valable ne saurait la justifier, sinon une volonté politique qui forge son action au feu de la haine et de la discrimination. 

     

     

  • L'Unicité dans le Coran

    Commentaires du Coran :

    Sourate 112, Le monothéisme pur (al-ikhlâs)

     

    Au nom de Dieu, le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux

    1. Dis : “ Il est Dieu, Un.
    2. Dieu l’Absolu.
    3. Il n’a pas engendré, et Il n’a pas été engendré.
    4. Et nul n’est égal à Lui. ”

    Sens des expressions et explications :

    1. Le monothéisme pur. Al-ikhlâs : C’est le titre de la sourate. Ce terme connote l’idée de pureté, de sincérité, dans le sens du culte pur et sincère rendu à Dieu Seul, de façon exclusive. Il est tiré de la racine khalas: être blanc, pur, sans mélange. Les commentateurs rapportent que les polythéistes s’étaient rendus auprès du Prophète Muhammad en lui demandant de leur décrire son Seigneur, ou d’en donner la généalogie. La réponse se fit sous la forme de ces quatre versets. At-Tirmidhî rapporte, d’après Ubayy Ibn Ka‘b, que les associateurs (les polythéistes) ont dit au Messager de Dieu : “ Donne-nous la généalogie de ton Seigneur ”. Dieu révéla alors (la sourate commençant par) : “ Dis : “ Il est Dieu, l’Un. Dieu l’Absolu. ”
    2. Dis : “ Il est Dieu, Un. Première réponse aux idolâtres : Dis-leur, ô Muhammad, que Celui au sujet de qui vous m’interrogez est Un (Ahad). Par son caractère unique, Il se distingue de l’ensemble de Ses créatures, qui toutes peuvent être dénombrées ou classées en genres et en espèces. L’Islam rejette ainsi les représentations dualistes ou trinitaires de la divinité.
    3. L’Absolu. As-Samad : le terme comprend plusieurs sens : Le Maître absolu, dont la domination et l’autorité ont atteint la perfection, et qui n’est dominé par personne. Il signifie ici que Dieu est un Maître absolu éternel et parfait, se suffisant à Lui-même, ne dépendant d’aucun élément de Sa création, mais assurant Seul les besoins de Ses créatures, qui toutes dépendent de Lui et tendent vers Lui en L’implorant.
    4. Il n’a pas engendré. Yalid, de walada : donner naissance, engendrer. Wâlid désignant le père, plus précisément le géniteur, et walad désignant l’enfant. Il ne connaît pas la mort et l’anéantissement, parce que toute chose qui naît est nécessairement destinée à mourir ou à disparaître, et parce que la génération est une loi de la création, imposée par Dieu aux créatures. Le Créateur ne la subit donc pas, mais Il demeure au-delà.
    5. Et Il n’a pas été engendré. Yûlad, forme passive de walada. Il n’est pas le fruit ou le produit d’un acte qui le précède, car Il est Tel qu’Il a toujours été. Dieu n’a pas plus de “ père ” qu’Il n’a de “ fils ”. Dans le premier cas, cela voudrait dire qu’Il dépend d’un être supérieur qui était avant qu’Il ne soit. Il ne serait donc pas le Premier (al-awwal). Dans le second cas, cela signifierait qu’un être second lui succéderait ou hériterait de Sa nature. Il ne serait donc pas le Dernier, l’Ultime (al-âkhir). La double négation permet au contraire de souligner Son caractère éternel.
    6. Et nul n’est égal à Lui. Kufuwan (autre lecture : kufu’an ) : égal, semblable, pareil. Dieu est unique et n’a pas de semblable. Le Coran dit ailleurs : “ Rien de Lui est semblable, et Il est celui qui entend (“ l’Audient ”), qui voit absolument (le Clairvoyant). ” (Coran, 42, 11) Par conséquent, rien de ce qu’il nous est donné de concevoir, d’imaginer ou de nous représenter n’est susceptible de symboliser matériellement le Créateur. Le Prophète Muhammad affirma : “ Dieu le Très-Haut a dit : “ Le fils d’Adam m’a accusé de mensonge, et il n’en avait pas le droit. Il m’a injurié et il n’en avait pas le droit. Il m’a accusé de mensonge en disant : Dieu ne me redonnera pas la vie (après ma mort) comme Il l’a fait une première fois (Text. : Il ne me fera pas revenir comme Il m’a commencé). Or, le fait de créer une première fois n’est pas plus aisé pour Moi que le fait de recommencer (une seconde fois) la création. Quant à son injure, elle consiste à dire que Dieu s’est donné un enfant, Or, Je suis l’Un, l’Absolu, qui n’a pas engendré et qui n’a pas été engendré, et à qui nul n’est égal. ” (Al-Bukhârî)

    Quelques enseignements :

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      • On peut mettre en rapport avec l’intitulé de cette sourate, al-ikhlâs, le fait que ce passage nous parle exclusivement de Dieu. On n’y trouve aucun des autres thèmes largement évoqués ailleurs dans le Coran, comme par exemple l’au-delà, l’histoire des Prophètes et des peuples, le comportement moral et social. Il n’est question ici que de quatre versets qui expriment avec la même concision et la même éloquence l’Unicité, la Perfection, l’Eternité et la Majesté du Créateur.
      • Le Coran rejette tous les aspects que prend le polythéisme, appelant les hommes à ne pas multiplier les figurations de Dieu au gré de leur fantaisie ou de leur imagination. Anthropomorphisme, trinité, manichéisme sont pareillement écartés de la doctrine musulmane. L’Islam est la religion du monothéisme le plus pur, qui exclut toute représentation réductrice de Dieu.
      • Cette sourate a la valeur du tiers du Coran, selon les traditions authentiques : Le Messager de Dieu demanda à ses Compagnons : “ L’un d’entre vous serait-il incapable de lire le tiers du Coran en une nuit ? ” Ils répondirent : “ Lequel d’entre nous aurait la capacité de le faire, ô Messager de Dieu ? ” Il déclara alors : “ (La sourate commençant par ) “ Dis : “ Il est Dieu, Un. Dieu l’Absolu ” constitue le tiers du Coran. ” (Al-Bukhârî)
      • Cette sourate est l’une des clés du Paradis. Anas rapporte qu’un homme déclara : “ Ô Messager de Dieu ! J’aime cette sourate : “ Dis : “ Il est Dieu, Un. Dieu l’Absolu. ” ” Le Prophète lui dit : “ L’amour de cette sourate t’a certes donné accès au Paradis ! ” (At-Tirmidhî)
      • Mots à mots, on peut interpréter et rendre le premier verset ainsi : : “ Dis : “ Lui, Dieu, est Un. ” ” Le pronom Lui (huwa) qui précède le Nom de Dieu (Allâh) peut être compris selon le contexte de la Révélation du verset en faisant référence à la question posée au Prophète : Lui – c’est-à-dire Celui au sujet de qui vous m’interrogez, vous autres polythéistes – Dieu, est Un. Mais en dehors de ce contexte, il est possible d’apprécier la subtilité de cette expression coranique. En règle générale en effet, on utilise le pronom après le nom qu’il désigne. Par exemple, nous disons : Jean est entré dans le salon, et il s’est assis. Le pronom “ il ” renvoie à “ Jean ”. Il ne nous viendrait pas à l’idée de formuler les choses ainsi : “ Il est entré dans le salon, et Jean s’est assis ”. Ce qui entraînerait une confusion, nous amenant à penser que celui qui est entré est une autre personne. Ici, contrairement à cette règle, le verset fait passer le pronom avant le nom : “ Lui, Dieu, est Un. ” En d’autres termes, cela signifie qu’avant même d’être nommé, Dieu est déjà connu de l’homme, dans sa conscience la plus intime. “ Lui ”, ce ne peut être que Celui-là Seul qui est Dieu, qui est proche, qui est l’Evidence suprême.