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OBAMA : EMOTION ET RAISON

Comment peut-on interpréter le discours tenu au Caire par Barack Obama à l’adresse du monde musulman ? Beaucoup d’émotion dans le propos, certes, et une façon habile de rapprocher deux mondes en rappelant des valeurs communes.  Mais au-delà des bons sentiments, il convient de revenir à la raison, et de questionner la réalité d’un système qui dépasse largement un seul individu, quelles que soient ses bonnes intentions.

Il y a d’abord le fait qu’Obama ne dispose que d’un pouvoir de décision limité dans son propre pays sur les questions liées au Proche-Orient. Avant d’être élu, il avait été ainsi dans l’obligation de déclarer que Jérusalem est la capitale éternelle d’Israël. Position qui rend impossible, à long terme, le règlement de la question palestinienne. Il s’est entouré de collaborateurs résolument sionistes, comme David Axelrod et Rahm Emanuel, chef d’état major de la Maison-Blanche. Le père de ce dernier  a été volontaire dans Tsahal en 1991.

Obama ne peut ainsi « qu’inviter » le gouvernement israélien à geler les colonies de peuplement. Proposition à laquelle Netanyahou oppose sans vergogne un non catégorique. En d’autres termes, la stratégie sioniste du fait accompli reste de rigueur même sous la nouvelle présidence étasunienne, et il en sera ainsi tant que les lobbies sionistes, dont l’Aipac (American Israel Public Affairs Committee) domineront le Congrès et imposeront leurs vues.

Obama dit respecter la démocratie. Qu’en est-il du Hamas qui a été choisi par les Palestiniens, mais dont il n’admet pourtant pas la légitimité, tant que le mouvement de résistance n’aura pas déposé les armes et reconnu l’existence de l’Etat de ses agresseurs ? Ici réside la faille, qui révèle que la parole d’Obama n’est finalement pas si équilibrée que cela, ni même vraiment équitable. Il aurait été plus juste de dire que c’est la colonisation qui doit impérativement cesser, afin que cesse le combat de légitime défense. Plus juste de souligner que les Palestiniens ne peuvent raisonnablement pas reconnaître un Etat dont les frontières restent indéfinies, et qui s’étend chez eux à leurs dépens. On peut rappeler que depuis les accords d’Oslo, le nombre des colons est passé, de 1993 à 2009, de 263 000 à 485 000, dont 200 000 à Jérusalem-Est ! Lorsque le Hamas dénonçait la légitimité de ces transactions, on l’accusait d’extrémisme. Mais depuis, et rétrospectivement, les faits lui ont donné raison.

Enfin, derrière les belles paroles, il y a la réalité atroce des faits, qui montre que la politique étrangère américaine demeure un véritable désastre pour le monde musulman. Ainsi, l’administration d’Obama a poussé le gouvernement pakistanais à agir contre sa propre population sous le prétexte d’en finir avec les talibans. Résultat ? Plus de deux millions de réfugiés déplacés dans des circonstances épouvantables. Et si Obama promet de quitter l’Irak, ce n’est que pour mieux occuper l’Afghanistan et y renforcer ses troupes. La multiplication des bases militaires américaines constitue-t-elle d’ailleurs vraiment le signe d’une pacification du monde ?

En d’autres termes, s’il n’est pas interdit d’être sensible au discours éloquent du Président, les musulmans sont en droit d’exiger que ses paroles se traduisent par des faits. Malheureusement, Obama mettra probablement des années à « inviter » Israël à cesser l’implantation de ses colonies, (on peut douter qu’il se montre aussi patient avec les Iraniens en ce qui concerne le nucléaire). Autant de temps gagné par un Etat extensible qui s’est servi, depuis plus de soixante ans, de Présidents américains à la chaîne pour étendre la puissance israélienne. L’aide militaire à Tsahal, qui se chiffre depuis des années en milliards de dollars, se poursuivra au gré de l’influence du Congrès. Même si Tsahal massacre des populations civiles.

Qu’importe. Obama fait bonne figure. Belle allure et belle prestation. Cela suffit à ceux qui déjà ont oublié le martyre de Gaza.

 

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